Numéro 53
Avril 2021

Ce que les suicides en prison veulent dire

Didier Fassin

Résumé

« Punir ! » Chacun a-t-il bien conscience de l’intensité de la peine infligée par l’incarcération, en particulier dans notre pays ? Les personnes écrouées dans un établissement pénitentiaire se suicident deux fois plus que celles qui se trouvent à l’extérieur sous bracelet électronique. Les prévenus, qui sont donc en attente de leur procès et donc présumés innocents jusqu’à preuve éventuelle de leur culpabilité, se suicident près de trois fois plus que les condamnés. Les prisonniers se donnent la mort à une fréquence élevée au début de la détention : 7% des suicides ont lieu lors du passage pendant quelques jours dans le « quartier arrivants », pourtant destiné à faciliter la transition entre le monde extérieur et l’univers pénitentiaire, et 25% au cours des deux premiers mois. Et dans les cellules disciplinaires le taux de suicide est dix fois supérieur à ce qu’il est dans une cellule ordinaire. Le fait que la France occupe la première place en Europe en matière de suicides en prison et que cette performance indigne ne fasse pas l’objet de débat public est un symptôme de la manière dont notre société traite non pas ceux qui ont commis des délits ou des crimes mais plus exactement ceux qu’elle a décidé de punir pour les avoir commis (alors qu’elle choisit d’en épargner d’autres).

Thèmes abordés dans l’article

Institutions judiciaires, Egalité, Droits de l’Homme