Numéro 58
Juillet 2022

La dissuasion nucléaire ne favorise-t-elle pas les conflits non-nucléaires ?

Alain Crémieux

Résumé

La façon dont se déroule le conflit engagé par la Russie contre l’Ukraine conduit, entre autres questions, à s’interroger sur le rôle de la capacité nucléaire du pays envahisseur, qui n’hésite pas en l’occurrence à en faire état. On ne peut que constater que les pays qui soutiennent l’Ukraine, y compris du point de vue de la livraison d’armes, veillent soigneusement à ne pas franchir la ligne rouge d’une confrontation militaire directe avec la Russie. D’où la question qu’aborde ici à notre demande Alain Crémieux. On ne voit pas, conclut-il de son analyse, ce qui empêcherait un pays nucléaire, lorsque il estime, à tort ou à raison, que ses intérêts majeurs sont en danger, de recourir à la guerre, et cela d’autant plus que la dissuasion mutuelle lui assure la non-intervention directe des autres puissances nucléaires. C’est bien se qui se passe aujourd’hui en Ukraine. La guerre y fait rage, avec des destructions impressionnantes et des morts par milliers. Elle ne s’est pourtant pas étendue pour le moment aux pays voisins ou lointains qui soutiennent ce pays, qui lui fournissent des armes et sanctionnent la Russie. Mais ces pays n’interviennent pas militairement, contrairement à ce qui s’était passé au cours des siècles précédents, en Europe, dans des circonstances comparables. Les armes nucléaires, armes virtuelles mais bien présentes, en sont à mon avis la cause.

Thèmes abordés dans l’article

Nationalisme, Nations unies, Union européenne, Droits de l’Homme