Numéro 51
Octobre  2020

Des monuments à c(l)asser ?

Jacques Aron

Résumé

Jacques Aron reprend son analyse du racisme à partir de l’évocation d’un monument érigé en Allemagne nazie  en septembre 1935 : « le seul monument élevé à sa connaissance à la gloire du racisme et de l’antisémitisme ». À cette date, dans la banlieue berlinoise, le parti national-socialiste, au pouvoir depuis 30 mois, rend officiellement hommage à l’un des antisémites et racistes historiques dont il a repris l’héritage, Theodor Fritsch. Il lui dédie une rue dans laquelle il a fait dresser un monument. Les plus hautes autorités du régime sont présentes ; le gratin se congratule, le Führer peut être satisfait : tandis que se poursuit le réarmement du pays, la mobilisation idéologique se renforce. L’heure de gloire d’un obscur sculpteur du quartier a sonné, dont l’œuvre est coulée dans le bronze ; elle sera fondue en 1943 pour contribuer plus directement à l’effort de guerre. C’est d’ailleurs un vaillant guerrier qu’elle représente, inspiré de Siegfried et des mythes germaniques, terrassant à coups de marteau un « dragon » à tête animale mais dont les traits (yeux saillants, bec crochu, lèvres proéminentes) ne laissent aucun doute : il est le sous-homme de « race sémite » ! Les commentaires élogieux de la presse du parti le confirment : c’est bien d’un monstre juif que ce lutteur nordique fracasse le crâne, et le travail de l’artiste trahit à l’évidence « l’esprit national-socialiste ». L’art dégénéré appartient enfin au passé.

Thèmes abordés dans l’article

Nationalisme; Arts et lettres; Égalité